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Par Dominique Méda (une version courte de cet article est parue dans L’Obs du 4 juin 2015).

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Faire une politique de gauche c’est d’abord réaffirmer qu’ « avoir un travail » constitue une priorité pour les individus et une nécessité pour la cohésion sociale. Cela implique notamment de s’attaquer radicalement au chômage de longue durée, qui concerne désormais plus de 43 % des demandeurs d’emploi : mettre le paquet sur la formation et la requalification (les dépenses en faveur des chômeurs représentent seulement 14% des dépenses de formation) ; soutenir des projets comme les « territoires expérimentaux zéro chômeurs de longue durée » d’ATD-Quart monde ; partager le travail.

Sur ce dernier point, si la France et l’Allemagne ont connu une baisse identique du temps de travail depuis soixante ans (et que la durée du travail est plus élevée en France qu’en Allemagne …), l’une l’a fait en organisant un rapprochement des durées travaillées par les hommes et les femmes grâce à la RTT (une des mesures de politique d’emploi les moins coûteuses selon le rapport récent de l’Assemblée nationale), l’autre en poussant au développement de nombreux emplois de très courte durée, mal payés, mal protégés et réservés de fait aux femmes.

Ne pas confondre plein emploi et emploi à tout prix

Faire une politique de gauche, ce n’est pas confondre plein emploi et emploi à tout prix. L’idée s’est répandue, y compris à gauche, que combattre la prétendue « préférence française pour le chômage » impliquerait la baisse du SMIC, la promotion des petits boulots, la facilitation du licenciement. Le chômage s’expliquerait principalement par l’existence de règles trop « rigides » (symbolisées par le Code du travail).

Paradoxe suprême, ce sont deux études de l’OCDE et du FMI qui viennent de sonner l’alarme et de montrer que cette voie n’est pas la bonne : l’explosion des inégalités serait fortement liée, selon l’une, à la précarité des emplois, selon l’autre, à la désyndicalisation.

La baisse spectaculaire des taux de chômage en Allemagne, au Royaume Uni ou aux Etats-Unis masque des taux de pauvreté élevés, des demandeurs d’emploi découragés, des emplois de mauvaise qualité. Une politique de gauche consiste à ne pas sacrifier la qualité du travail sur l’autel de la quantité, à poursuivre l’objectif du travail décent, à refuser l’idée que le chômage serait volontaire et qu’il faudrait inciter les individus à la reprise d’emploi.

Organiser une transition écologique juste

Faire une politique de gauche, c’est mettre la résolution de la question écologique et de la question sociale au service l’une de l’autre et organiser la reconversion écologique de nos sociétés en adoptant un objectif de transition juste.

Prendre au sérieux les risques associés au changement climatique suppose de revoir radicalement nos modes de production et de consommation, d’adopter des normes sociales et environnementales strictes, de nous doter de nouveaux indicateurs de richesse permettant de mettre en évidence les dégâts écologiques et sociaux de la croissance.

Prendre soin de notre patrimoine naturel et de notre santé sociale exige de viser non plus tant des gains de productivité que des gains de qualité et de durabilité comme le propose Jean Gadrey. De nombreux emplois sont nécessaires pour satisfaire ces immenses besoins sociaux et environnementaux, notamment dans les services publics.

Faire une politique de gauche suppose sans doute de modifier les règles qui y font obstacle, notamment au niveau européen, et de promouvoir de nouveaux instruments par exemple un Mandat commercial alternatif.

Qu’est ce qu’une politique de l’emploi de gauche ?
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